Milices bourgeoises et garde soldée à Genève au XVIIIe siècle. Le républicanisme classique à l'épreuve du maintien de l'ordre
Type de matériel :
TexteLangue : français Détails de publication : 2014.
Sujet(s) : Ressources en ligne : Abrégé : Façonnée dès le XVIIIe siècle et constamment reprise par l’historiographie, la figure du citoyen-soldat comme emblème du républicanisme genevois mérite d’être revue au plus près des sources de la pratique. Un réexamen de la question impose non seulement de s’intéresser, autant que possible, à l’organisation interne des compagnies bourgeoises, mais aussi de positionner leur statut et leurs fonctions en regard du rôle croissant que joue la garde soldée. Financée par des impôts indirects puis par capitation, composée de soldats pour la plupart étrangers, la garnison effectue les gardes nocturnes à la place des citadins avant de s’ériger en force de police armée au début du XVIIIe siècle. La recomposition des pouvoirs militaires dans la cité traduit avant tout une mutation des pratiques quotidiennes du maintien de l’ordre. Elle exprime une reconfiguration de la régulation sociale, commune à d’autres villes, où les formes de contrôles communautaires s’estompent. Une telle perspective n’invalide pas pour autant la singularité du cas genevois en tant que cité-État républicaine. Dans un premier temps, le renforcement de la garnison, bras armé du gouvernement, se réalise au détriment de la subordination des forces armées à la souveraineté populaire. Entre luttes politiques intenses, débats acharnés et attentes plurielles en matière de sécurité, le pouvoir militaire est progressivement soumis à un cadre légal légitimant l’usage de la force physique. Le consentement à l’impôt militaire, la ratification de lois sur le statut de la garnison et ses fonctions sont alors des leviers de contrôle populaire qui instaurent une force publique dissociée du service militaire personnel.Abrégé : Bourgeois Militia and Garrison in Eighteenth-Century Geneva. Classical Republicanism and the Challenges of Policing Revisiting the figure of the citizen-soldier, emblem of Genevan republicanism developed in the eighteenth century and constantly echoed by historiography, calls for a closer look at the primary sources. A review of the issue not only requires that we analyze, as much as possible, the internal organization of the bourgeois militia companies, but also that we identify their functions in relation to the increasing role the garrison played. Funded by indirect and direct taxes, the garrison was mostly composed of foreign soldiers; it first performed nightly patrols in lieu of the citizens before evolving into an armed police force in the early eighteenth century. This restructuring of military power in the city reflects first and foremost the mutation of daily policing activities. It expresses a reconfiguration of social regulation, in which the forms of community controls fade. Though this was common in other cities, such a perspective does not invalidate the status of Geneva as a unique republican city-state. The strengthening of the garrison, the military arm of the government, was first realized at the expense of its subordination to popular sovereignty. However, redefined by intense political struggles and debates, its military power was gradually subject to a legal framework that legitimized the use of physical force. Consent to military taxation, ratification of laws on the status of the garrison and its functions were means of popular control which established a public force dissociated from personal military service.
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Façonnée dès le XVIIIe siècle et constamment reprise par l’historiographie, la figure du citoyen-soldat comme emblème du républicanisme genevois mérite d’être revue au plus près des sources de la pratique. Un réexamen de la question impose non seulement de s’intéresser, autant que possible, à l’organisation interne des compagnies bourgeoises, mais aussi de positionner leur statut et leurs fonctions en regard du rôle croissant que joue la garde soldée. Financée par des impôts indirects puis par capitation, composée de soldats pour la plupart étrangers, la garnison effectue les gardes nocturnes à la place des citadins avant de s’ériger en force de police armée au début du XVIIIe siècle. La recomposition des pouvoirs militaires dans la cité traduit avant tout une mutation des pratiques quotidiennes du maintien de l’ordre. Elle exprime une reconfiguration de la régulation sociale, commune à d’autres villes, où les formes de contrôles communautaires s’estompent. Une telle perspective n’invalide pas pour autant la singularité du cas genevois en tant que cité-État républicaine. Dans un premier temps, le renforcement de la garnison, bras armé du gouvernement, se réalise au détriment de la subordination des forces armées à la souveraineté populaire. Entre luttes politiques intenses, débats acharnés et attentes plurielles en matière de sécurité, le pouvoir militaire est progressivement soumis à un cadre légal légitimant l’usage de la force physique. Le consentement à l’impôt militaire, la ratification de lois sur le statut de la garnison et ses fonctions sont alors des leviers de contrôle populaire qui instaurent une force publique dissociée du service militaire personnel.
Bourgeois Militia and Garrison in Eighteenth-Century Geneva. Classical Republicanism and the Challenges of Policing Revisiting the figure of the citizen-soldier, emblem of Genevan republicanism developed in the eighteenth century and constantly echoed by historiography, calls for a closer look at the primary sources. A review of the issue not only requires that we analyze, as much as possible, the internal organization of the bourgeois militia companies, but also that we identify their functions in relation to the increasing role the garrison played. Funded by indirect and direct taxes, the garrison was mostly composed of foreign soldiers; it first performed nightly patrols in lieu of the citizens before evolving into an armed police force in the early eighteenth century. This restructuring of military power in the city reflects first and foremost the mutation of daily policing activities. It expresses a reconfiguration of social regulation, in which the forms of community controls fade. Though this was common in other cities, such a perspective does not invalidate the status of Geneva as a unique republican city-state. The strengthening of the garrison, the military arm of the government, was first realized at the expense of its subordination to popular sovereignty. However, redefined by intense political struggles and debates, its military power was gradually subject to a legal framework that legitimized the use of physical force. Consent to military taxation, ratification of laws on the status of the garrison and its functions were means of popular control which established a public force dissociated from personal military service.




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