La langue des probables.
Meneceur, Yannick
La langue des probables. - 2026.
87
Est-ce que la modélisation opérée par les grands modèles de langage est parvenue à capturer la subtile palette des nuances du raisonnement juridique ? Pour instruire ce sujet, doit d’abord être établi un cadre d’analyse réunissant les fondements techniques de ces modèles (plongements sémantiques, transformeurs, mécanismes d’attention), leurs enjeux linguistiques et philosophiques (hérités du distributionnalisme et du structuralisme) et leurs limites épistémologiques (opacité, « hallucinations » et absence d’une bonne représentation du monde). Appliqué au droit, ce cadre d’analyse révèle un potentiel réel (comme la recherche de corrélations dans de vastes volumes de textes ou encore la synthèse de contenu), mais limité s’agissant de la reproduction d’un raisonnement juridique rigoureux, notamment du fait du manque de capacités d’abstraction, de compréhension et de conscience normative. Le langage produit par ces modèles serait plutôt à concevoir comme une « langue des probables », un proto-langage vectorisé, calculable et probabiliste, très utile dans certaines hypothèses mais distinct des savoirs spécialisés. Have large language models succeeded in capturing the subtle nuances of legal reasoning? To explore this topic, we must first establish a framework for analysis that brings together the technical foundations of these models (semantic embeddings, transformers, attention mechanisms), their linguistic and philosophical challenges (inherited from distributionism and structuralism), and their epistemological limitations (opacity, “hallucinations” and lack of an accurate representation of the world). Applied to law, this analytical framework reveals real potential (such as searching for correlations in large volumes of text or synthesizing content), but this potential is limited when it comes to reproducing rigorous legal reasoning, particularly due to a lack of abstraction, comprehension, and normative awareness. The language produced by these models should rather be conceived as a “language of probabilities,” a vectored, calculable, and probabilistic proto-language that is very useful in certain scenarios but distinct from specialized knowledge.
La langue des probables. - 2026.
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Est-ce que la modélisation opérée par les grands modèles de langage est parvenue à capturer la subtile palette des nuances du raisonnement juridique ? Pour instruire ce sujet, doit d’abord être établi un cadre d’analyse réunissant les fondements techniques de ces modèles (plongements sémantiques, transformeurs, mécanismes d’attention), leurs enjeux linguistiques et philosophiques (hérités du distributionnalisme et du structuralisme) et leurs limites épistémologiques (opacité, « hallucinations » et absence d’une bonne représentation du monde). Appliqué au droit, ce cadre d’analyse révèle un potentiel réel (comme la recherche de corrélations dans de vastes volumes de textes ou encore la synthèse de contenu), mais limité s’agissant de la reproduction d’un raisonnement juridique rigoureux, notamment du fait du manque de capacités d’abstraction, de compréhension et de conscience normative. Le langage produit par ces modèles serait plutôt à concevoir comme une « langue des probables », un proto-langage vectorisé, calculable et probabiliste, très utile dans certaines hypothèses mais distinct des savoirs spécialisés. Have large language models succeeded in capturing the subtle nuances of legal reasoning? To explore this topic, we must first establish a framework for analysis that brings together the technical foundations of these models (semantic embeddings, transformers, attention mechanisms), their linguistic and philosophical challenges (inherited from distributionism and structuralism), and their epistemological limitations (opacity, “hallucinations” and lack of an accurate representation of the world). Applied to law, this analytical framework reveals real potential (such as searching for correlations in large volumes of text or synthesizing content), but this potential is limited when it comes to reproducing rigorous legal reasoning, particularly due to a lack of abstraction, comprehension, and normative awareness. The language produced by these models should rather be conceived as a “language of probabilities,” a vectored, calculable, and probabilistic proto-language that is very useful in certain scenarios but distinct from specialized knowledge.




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