Réflexions sur le transhumanisme : entre amélioration individuelle et défi pour le progrès collectif
Picavet, Emmanuel
Réflexions sur le transhumanisme : entre amélioration individuelle et défi pour le progrès collectif - 2020.
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Dans les débats sur le transhumanisme et ses rapports avec le post-humanisme, devons-nous admettre un horizon de perfectibilité susceptible de faire l’unanimité et capable de donner sens au travail engagé aux yeux de tous ? Cela semble, de prime abord, bien difficile à défendre. En effet, les idées sur la perfectibilité humaine sont nombreuses et leur cohérence d’ensemble n’est pas avérée. Il apparaît indispensable, en tout état de cause, de prendre en compte la dimension sociale du « progrès » auquel l’humanité est en droit d’aspirer. Les références au bonheur, à la liberté de choix, à l’épanouissement individuel ne sont pas purement individuelles ; en effet, leur concrétisation ou leur échec est toujours tributaire de relations sociales et de l’organisation collective. Du fait de l’emprise des normes de concurrence et des normes de réputation et de conformité, il est difficile de considérer l’amélioration individuelle de « capacités » ou facultés comme un gage d’épanouissement, de satisfaction ou de vie réussie. Ainsi, nous devons aborder la relation de l’individu à la société, dans le contexte des débats sur le post- et le transhumanisme, en conservant le cadre de référence de la perfectibilité sociale, en prenant acte de l’emprise d’une perspective naturaliste incomplète. In debates about transhumanism and its connections with post-humanism, should we rely on a unanimously approvable perspective of indefinite progress which would enable the ongoing work to make sense for all? This seems hardly defensible on the face of it. As a matter of fact, there are numerous conceptions of human perfectibility and their overall coherence is by no means well established. It appears necessary, in any case, to take the social dimension of progress into account, if humanity has legitimate claims to progress. Referring to happiness, freedom of choice and personal development isn't a purely individual matter; indeed, success or failure along these dimensions is indebted to social relationships and collective organisation. Owing to the influence of norms of competition, of reputation and conformity, equating the individual enhancement of capacities or faculties with a promise of personal development, personal satisfaction or a fulfilling life is hardly an option. For these reasons, in the context of debates about trans- and post-humanism, acknowledging the influence of an incomplete naturalistic outlook, we should maintain the connection between the individual and its society, in the framework of social perfectibility.
Réflexions sur le transhumanisme : entre amélioration individuelle et défi pour le progrès collectif - 2020.
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Dans les débats sur le transhumanisme et ses rapports avec le post-humanisme, devons-nous admettre un horizon de perfectibilité susceptible de faire l’unanimité et capable de donner sens au travail engagé aux yeux de tous ? Cela semble, de prime abord, bien difficile à défendre. En effet, les idées sur la perfectibilité humaine sont nombreuses et leur cohérence d’ensemble n’est pas avérée. Il apparaît indispensable, en tout état de cause, de prendre en compte la dimension sociale du « progrès » auquel l’humanité est en droit d’aspirer. Les références au bonheur, à la liberté de choix, à l’épanouissement individuel ne sont pas purement individuelles ; en effet, leur concrétisation ou leur échec est toujours tributaire de relations sociales et de l’organisation collective. Du fait de l’emprise des normes de concurrence et des normes de réputation et de conformité, il est difficile de considérer l’amélioration individuelle de « capacités » ou facultés comme un gage d’épanouissement, de satisfaction ou de vie réussie. Ainsi, nous devons aborder la relation de l’individu à la société, dans le contexte des débats sur le post- et le transhumanisme, en conservant le cadre de référence de la perfectibilité sociale, en prenant acte de l’emprise d’une perspective naturaliste incomplète. In debates about transhumanism and its connections with post-humanism, should we rely on a unanimously approvable perspective of indefinite progress which would enable the ongoing work to make sense for all? This seems hardly defensible on the face of it. As a matter of fact, there are numerous conceptions of human perfectibility and their overall coherence is by no means well established. It appears necessary, in any case, to take the social dimension of progress into account, if humanity has legitimate claims to progress. Referring to happiness, freedom of choice and personal development isn't a purely individual matter; indeed, success or failure along these dimensions is indebted to social relationships and collective organisation. Owing to the influence of norms of competition, of reputation and conformity, equating the individual enhancement of capacities or faculties with a promise of personal development, personal satisfaction or a fulfilling life is hardly an option. For these reasons, in the context of debates about trans- and post-humanism, acknowledging the influence of an incomplete naturalistic outlook, we should maintain the connection between the individual and its society, in the framework of social perfectibility.
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