De l’expérience personnelle à une catégorie de l’action publique
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Les politiques sociales, de santé et du funéraire se montrent de plus en plus soucieuses de l’impact de leurs mesures sur les personnes en deuil. Cette nouvelle visibilité publique des endeuillés pose toutefois la question de la reconnaissance et de l’unification d’un ensemble de personnes que ne rassemble, a priori, que la seule expérience de la perte. À partir de l’étude d’un corpus de travaux parlementaires, cet article propose d’analyser les ressorts de la catégorisation des endeuillés comme destinataires de l’action publique. En dépit des arguments qui s’opposent à la politisation du deuil et à la reconnaissance des endeuillés comme un sujet collectif, l’analyse de la parole parlementaire témoigne de la construction des endeuillés comme un public vulnérable, tant du fait des responsabilités qui lui incombent (prendre en charge et organiser le départ du mort) que de la nécessité de réorganiser matériellement sa vie à la suite d’un décès. Toutefois, cette reconnaissance ne permet pas d’inscrire durablement le deuil dans les rapports sociaux et contribue, en cela, à sa dépolitisation.
Social, health and funerary policies all show growing concern for the impact of their measures on bereaved people. However, this new public visibility of mourners raises the issue of the public recognition of grief and the aggregation of a body of people who, at first sight, share nothing in common but the sole experience of loss. Based on the study of parliamentary debates, this article analyses the process of categorisation of mourners as recipients of public policy. Despite arguments opposing the politicisation of grief and the recognition of the grieving as a collective entity, debates show that mourners are now seen as a vulnerable group, both due to their responsibilities after a death occurs (taking charge of the deceased’s funeral and other material obligations) and to the consequences of a loss on the organisation of their own life. However, this acknowledgment does not grant much appreciation for how grief is also embedded in the social and political context it takes place in, leading to its potential depoliticisation.
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