Les épreuves identitaires des femmes âgées à la rue
Type de matériel :
TexteLangue : français Détails de publication : 2021.
Sujet(s) : Ressources en ligne : Abrégé : Comment le recours à l’assistance constitue-t-il un circuit d’épreuves identitaires pour les femmes âgées qui vivent des situations de sans-abrisme ? Pour appréhender au plus près ces épreuves identitaires vécues, cet article propose de suivre l’histoire biographique d’une femme retraitée, Germaine, rencontrée lors d’une enquête ethnographique portant sur l’assistance aux femmes sans abri. À partir de son expérience critique et sensible, nous traiterons de la vieillesse selon deux acceptions interdépendantes. Dans un premier temps, la vieillesse sera abordée comme une épreuve identitaire qui dépend fortement du « passage à la retraite ». En effet, pour Germaine, l’obtention de ce statut social correspond à une revalorisation identitaire, c’est-à-dire à une reconnaissance d’une vie de travailleuse – expérience souvent oubliée et négligée lorsque l’on s’intéresse au sans-abrisme. Nous verrons que sa participation à la société salariale et sa reconnaissance au travers du statut de retraité ne signifient pas pour autant une transformation de ses conditions d’existence et de son rapport à l’assistance. Dans un second temps, la vieillesse sera appréhendée à partir des relations que Germaine entretient au sein du monde de l’assistance et de la rue. Nous verrons alors que le processus de vieillissement concerne également l’assignation identitaire à la figure de la « mamie », figure générationnelle et familiale a priori positive. Or, cette assignation implique par la même occasion, en situation, une désexualisation des relations des femmes âgées qui vivent des situations de sans-abrisme. Cet article cherche dès lors à montrer que l’expérience de la vieillesse des femmes à la rue constitue un processus relationnel complexe marqué par des formes de continuité et discontinuité identitaires articulant les rapports sociaux d’âge, de sexe et de sexualité.Abrégé : How does recourse to assistance constitute a circuit of identity questions for older women experiencing homelessness? In order to take a closer look at these identity questions, this article proposes to follow the life course story of a retired woman, Germaine, whom we met during an ethnographic survey on assistance to homeless women. Based on her critical and sensitive experience, we approach the theme of old age according to two interdependent meanings. Firstly, a test of identity that is strongly dependent on the “passage to retirement”. Indeed, for Germaine, obtaining this social status corresponds to a revalorisation of her identity, i. e. a recognition of a working life – an experience often forgotten and neglected when we examine homelessness. We shall see that her participation in the wage society and her social recognition as a pensioner does not mean a transformation of her living conditions and her relationship to assistance. Secondly, old age is understood from the point of view of Germaine's relationships within the world of assistance and life on the street. We will then see that the ageing process also concerns the assignment of identity to the figure of the “granny”, a generational and family figure that is a priori positive. However, this assignment also implies a desexualisation of the relationships of older women living in homeless situations. This article therefore seeks to show that the experience of old age among women living on the streets constitutes a complex relational process marked by forms of identity continuity and discontinuity articulating the social relations of age, gender and sexuality.
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Comment le recours à l’assistance constitue-t-il un circuit d’épreuves identitaires pour les femmes âgées qui vivent des situations de sans-abrisme ? Pour appréhender au plus près ces épreuves identitaires vécues, cet article propose de suivre l’histoire biographique d’une femme retraitée, Germaine, rencontrée lors d’une enquête ethnographique portant sur l’assistance aux femmes sans abri. À partir de son expérience critique et sensible, nous traiterons de la vieillesse selon deux acceptions interdépendantes. Dans un premier temps, la vieillesse sera abordée comme une épreuve identitaire qui dépend fortement du « passage à la retraite ». En effet, pour Germaine, l’obtention de ce statut social correspond à une revalorisation identitaire, c’est-à-dire à une reconnaissance d’une vie de travailleuse – expérience souvent oubliée et négligée lorsque l’on s’intéresse au sans-abrisme. Nous verrons que sa participation à la société salariale et sa reconnaissance au travers du statut de retraité ne signifient pas pour autant une transformation de ses conditions d’existence et de son rapport à l’assistance. Dans un second temps, la vieillesse sera appréhendée à partir des relations que Germaine entretient au sein du monde de l’assistance et de la rue. Nous verrons alors que le processus de vieillissement concerne également l’assignation identitaire à la figure de la « mamie », figure générationnelle et familiale a priori positive. Or, cette assignation implique par la même occasion, en situation, une désexualisation des relations des femmes âgées qui vivent des situations de sans-abrisme. Cet article cherche dès lors à montrer que l’expérience de la vieillesse des femmes à la rue constitue un processus relationnel complexe marqué par des formes de continuité et discontinuité identitaires articulant les rapports sociaux d’âge, de sexe et de sexualité.
How does recourse to assistance constitute a circuit of identity questions for older women experiencing homelessness? In order to take a closer look at these identity questions, this article proposes to follow the life course story of a retired woman, Germaine, whom we met during an ethnographic survey on assistance to homeless women. Based on her critical and sensitive experience, we approach the theme of old age according to two interdependent meanings. Firstly, a test of identity that is strongly dependent on the “passage to retirement”. Indeed, for Germaine, obtaining this social status corresponds to a revalorisation of her identity, i. e. a recognition of a working life – an experience often forgotten and neglected when we examine homelessness. We shall see that her participation in the wage society and her social recognition as a pensioner does not mean a transformation of her living conditions and her relationship to assistance. Secondly, old age is understood from the point of view of Germaine's relationships within the world of assistance and life on the street. We will then see that the ageing process also concerns the assignment of identity to the figure of the “granny”, a generational and family figure that is a priori positive. However, this assignment also implies a desexualisation of the relationships of older women living in homeless situations. This article therefore seeks to show that the experience of old age among women living on the streets constitutes a complex relational process marked by forms of identity continuity and discontinuity articulating the social relations of age, gender and sexuality.




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