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Ce qui se passe quand on a l’impression qu’il ne se passe rien : les élections des syndics de la République de Genève à la fin du xvii e siècle

Par : Type de matériel : TexteTexteLangue : français Détails de publication : 2018. Sujet(s) : Ressources en ligne : Abrégé : Contrairement à de nombreuses cités-États dans l’Europe du xviiᵉ siècle, la République de Genève a conservé son assemblée populaire héritée de la commune médiévale, le Conseil général. Mais les élections auxquelles procède cette assemblée deux fois l’an ont souvent été considérées par les historiens genevois comme de simples formalités. Elles serviraient avant tout à entériner l’ordre naturel des choses, plutôt qu’à agréger les préférences personnelles de chacun des citoyens ; à valider la hiérarchie à l’œuvre dans une société genevoise qui est vécue comme une « communauté » plutôt qu’une société d’individus. Cette impression est confirmée par la forte déférence dont font preuve les citoyens dans ces élections, les principes de reconduction des sortants et de respect du rang pesant très fortement dans le comportement électoral. Néanmoins, il se passe encore quelque chose alors qu’en apparence il ne se passe rien. Dans un régime hybride où le Conseil général reste le souverain de jure de la République, le cérémonial électoral entretient la fiction de la souveraineté populaire. Des grains de sable se glissent aussi parfois dans ces rouages trop bien huilés. Il arrive que des outsiders conquièrent un poste laissé vacant dans la rotation des syndics par un décès ou une décharge d’un des sortants – même si nous verrons que ces conquêtes sont le plus souvent l’effet secondaire d’un manque d’intérêt pour la charge affiché par un prétendant nominé dans une position plus favorable. Si nous savons rétrospectivement que les syndics sortants ont toujours été reconduits jusqu’en 1728, la chose n’était pas pour autant évidente pour les citoyens, qui à plusieurs reprises ont menacé de « faire sauter les vieux », la ville s’agitant alors de rumeurs et de discussions houleuses.Abrégé : Unlike many city-states in 17th century Europe, the Republic of Geneva has kept its popular assembly inherited from the medieval commune, the General Council. But the elections held in this assembly twice a year have been often considered by Genevan historians as mere formalities. They were supposed to confirm the natural order of things, rather than to aggregate individual preferences, to perpetuate the existing hierarchy in a Genevan society which was experienced as a “community” rather than a society of individuals. This impression is confirmed by the very deferential electoral behaviour of the citizens, for whom the reelection of incumbents and the respect of rank are two strong guiding principles. However, something still happens when it seems nothing happens. In a Republic which is aristocratic de facto but democratic de jure, the electoral ceremonial stages the fiction of popular sovereignty. There were also some glitches in this smooth machinery. Some outsiders were sometimes able to be elected when a seat was left vacant in the rotation of syndics as a result of the death or resignation of one of the incumbents – though we will see this was most often the side-effect of a lack of interest for the seat from a candidate nominated in a more favourable position. Though we know in retrospect that the incumbents have always been reelected as syndics until 1728, it was not obvious for citizens, who on several occasions threatened to “get rid of the old ones”, as rumours and heated arguments multiplied throughout the city.
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Contrairement à de nombreuses cités-États dans l’Europe du xviiᵉ siècle, la République de Genève a conservé son assemblée populaire héritée de la commune médiévale, le Conseil général. Mais les élections auxquelles procède cette assemblée deux fois l’an ont souvent été considérées par les historiens genevois comme de simples formalités. Elles serviraient avant tout à entériner l’ordre naturel des choses, plutôt qu’à agréger les préférences personnelles de chacun des citoyens ; à valider la hiérarchie à l’œuvre dans une société genevoise qui est vécue comme une « communauté » plutôt qu’une société d’individus. Cette impression est confirmée par la forte déférence dont font preuve les citoyens dans ces élections, les principes de reconduction des sortants et de respect du rang pesant très fortement dans le comportement électoral. Néanmoins, il se passe encore quelque chose alors qu’en apparence il ne se passe rien. Dans un régime hybride où le Conseil général reste le souverain de jure de la République, le cérémonial électoral entretient la fiction de la souveraineté populaire. Des grains de sable se glissent aussi parfois dans ces rouages trop bien huilés. Il arrive que des outsiders conquièrent un poste laissé vacant dans la rotation des syndics par un décès ou une décharge d’un des sortants – même si nous verrons que ces conquêtes sont le plus souvent l’effet secondaire d’un manque d’intérêt pour la charge affiché par un prétendant nominé dans une position plus favorable. Si nous savons rétrospectivement que les syndics sortants ont toujours été reconduits jusqu’en 1728, la chose n’était pas pour autant évidente pour les citoyens, qui à plusieurs reprises ont menacé de « faire sauter les vieux », la ville s’agitant alors de rumeurs et de discussions houleuses.

Unlike many city-states in 17th century Europe, the Republic of Geneva has kept its popular assembly inherited from the medieval commune, the General Council. But the elections held in this assembly twice a year have been often considered by Genevan historians as mere formalities. They were supposed to confirm the natural order of things, rather than to aggregate individual preferences, to perpetuate the existing hierarchy in a Genevan society which was experienced as a “community” rather than a society of individuals. This impression is confirmed by the very deferential electoral behaviour of the citizens, for whom the reelection of incumbents and the respect of rank are two strong guiding principles. However, something still happens when it seems nothing happens. In a Republic which is aristocratic de facto but democratic de jure, the electoral ceremonial stages the fiction of popular sovereignty. There were also some glitches in this smooth machinery. Some outsiders were sometimes able to be elected when a seat was left vacant in the rotation of syndics as a result of the death or resignation of one of the incumbents – though we will see this was most often the side-effect of a lack of interest for the seat from a candidate nominated in a more favourable position. Though we know in retrospect that the incumbents have always been reelected as syndics until 1728, it was not obvious for citizens, who on several occasions threatened to “get rid of the old ones”, as rumours and heated arguments multiplied throughout the city.

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