Mères à manger. Nourrir les femmes pour nourrir les enfants
Type de matériel :
TexteLangue : français Détails de publication : 2026.
Sujet(s) : Ressources en ligne : Abrégé : Cet article explore les dynamiques genrées qui font des femmes des sources de nutrition, en mettant l’accent sur les dimensions corporelles et matérielles par lesquelles elles assurent la subsistance des enfants. À travers le temps, on a attendu des femmes non seulement qu’elles nourrissent en cultivant, préparant et servant la nourriture, mais aussi qu’elles soient elles-mêmes nourriture. Par la gestation et l’allaitement, leur corps devient un vecteur direct de subsistance, fournissant des nutriments via le placenta et le lait. Pourtant, leurs propres besoins et désirs nutritionnels sont fréquemment négligés, sauf lorsqu’ils coïncident avec leurs fonctions reproductives. Cette tension met en lumière la manière dont la conception des femmes comme nourriture renforce leur subordination, tout en leur ménageant une certaine marge de manœuvre au sein de la famille et de la société. La notion de comestibilité (ce qui et qui est consommé-e et pourquoi) reflète des hiérarchies de pouvoir plus larges, puisque nous ne consommons que les êtres que nous percevons comme inférieurs. En s’appuyant sur les discours juridiques et médicaux français du début du XXe siècle à nos jours, cet article retrace la manière dont les femmes ont été construites comme figures maternelles, responsables non seulement de l’alimentation des enfants, mais aussi de la transmission de la santé, de la moralité et de l’identité nationale, servant en fin de compte elles-mêmes d’instruments de reproduction sociale en tant que nourriture.Abrégé : This paper explores the gendered dynamics of women’s roles as sources of nourishment, emphasizing the embodied, material ways they sustain children. Across time, women have been tasked not only with feeding—growing, preparing, and serving food—but also with being food. Through pregnancy and lactation, their bodies become direct channels of sustenance, delivering nutrition via the placenta and milk. Yet their own nutritional needs and desires are often overlooked, except when aligned with reproductive functions. This tension highlights how casting women as food reinforces their subordination, while simultaneously affording them some measure of agency within family and society. The notion of edibility— what and who gets consumed and why—reflect broader power hierarchies since we eat only those deemed subordinate. Drawing on French legal and medical discourses from the early twentieth century to the present, this paper traces how women have been constructed as maternal figures responsible not only for feeding children, but for transmitting health, morality, and national identity, ultimately serving as instruments of social reproduction qua food themselves.Abrégé : Este artículo explora las dinámicas de género en los roles de las mujeres como fuentes de nutrición, poniendo el acento en las dimensiones corporales y materiales mediante las cuales ellas aseguran la subsistencia infantil. A lo largo del tiempo, se ha esperado que las mujeres no solo alimenten a los niños cultivando, preparando y sirviendo los alimentos, sino que también se conviertan ellas mismas en alimento. Durante la gestación y la lactancia, sus cuerpos actúan como vectores directos de nutrición, proporcionando nutrientes a través de la placenta y la leche. No obstante, sus propias necesidades y deseos nutricionales suelen ser ignorados, excepto cuando coinciden con sus funciones reproductivas. Esta tensión evidencia cómo la concepción de las mujeres como alimento refuerza su subordinación, al tiempo que les otorga cierto margen de maniobra en el ámbito familiar y social. La noción de comestibilidad (qué y quién se consume y por qué) refleja jerarquías de poder más amplias, ya que solo consumimos a los seres que percibimos como inferiores. Basándose en los discursos jurídicos y médicos franceses desde comienzos del siglo XX hasta la actualidad, este artículo rastrea la manera en que las mujeres han sido construidas como figuras maternas, responsables no solo de la alimentación infantil, sino también de la transmisión de la salud, la moralidad y la identidad nacional, sirviendo en última instancia como instrumentos de reproducción social en tanto que alimento.
100
Cet article explore les dynamiques genrées qui font des femmes des sources de nutrition, en mettant l’accent sur les dimensions corporelles et matérielles par lesquelles elles assurent la subsistance des enfants. À travers le temps, on a attendu des femmes non seulement qu’elles nourrissent en cultivant, préparant et servant la nourriture, mais aussi qu’elles soient elles-mêmes nourriture. Par la gestation et l’allaitement, leur corps devient un vecteur direct de subsistance, fournissant des nutriments via le placenta et le lait. Pourtant, leurs propres besoins et désirs nutritionnels sont fréquemment négligés, sauf lorsqu’ils coïncident avec leurs fonctions reproductives. Cette tension met en lumière la manière dont la conception des femmes comme nourriture renforce leur subordination, tout en leur ménageant une certaine marge de manœuvre au sein de la famille et de la société. La notion de comestibilité (ce qui et qui est consommé-e et pourquoi) reflète des hiérarchies de pouvoir plus larges, puisque nous ne consommons que les êtres que nous percevons comme inférieurs. En s’appuyant sur les discours juridiques et médicaux français du début du XXe siècle à nos jours, cet article retrace la manière dont les femmes ont été construites comme figures maternelles, responsables non seulement de l’alimentation des enfants, mais aussi de la transmission de la santé, de la moralité et de l’identité nationale, servant en fin de compte elles-mêmes d’instruments de reproduction sociale en tant que nourriture.
This paper explores the gendered dynamics of women’s roles as sources of nourishment, emphasizing the embodied, material ways they sustain children. Across time, women have been tasked not only with feeding—growing, preparing, and serving food—but also with being food. Through pregnancy and lactation, their bodies become direct channels of sustenance, delivering nutrition via the placenta and milk. Yet their own nutritional needs and desires are often overlooked, except when aligned with reproductive functions. This tension highlights how casting women as food reinforces their subordination, while simultaneously affording them some measure of agency within family and society. The notion of edibility— what and who gets consumed and why—reflect broader power hierarchies since we eat only those deemed subordinate. Drawing on French legal and medical discourses from the early twentieth century to the present, this paper traces how women have been constructed as maternal figures responsible not only for feeding children, but for transmitting health, morality, and national identity, ultimately serving as instruments of social reproduction qua food themselves.
Este artículo explora las dinámicas de género en los roles de las mujeres como fuentes de nutrición, poniendo el acento en las dimensiones corporales y materiales mediante las cuales ellas aseguran la subsistencia infantil. A lo largo del tiempo, se ha esperado que las mujeres no solo alimenten a los niños cultivando, preparando y sirviendo los alimentos, sino que también se conviertan ellas mismas en alimento. Durante la gestación y la lactancia, sus cuerpos actúan como vectores directos de nutrición, proporcionando nutrientes a través de la placenta y la leche. No obstante, sus propias necesidades y deseos nutricionales suelen ser ignorados, excepto cuando coinciden con sus funciones reproductivas. Esta tensión evidencia cómo la concepción de las mujeres como alimento refuerza su subordinación, al tiempo que les otorga cierto margen de maniobra en el ámbito familiar y social. La noción de comestibilidad (qué y quién se consume y por qué) refleja jerarquías de poder más amplias, ya que solo consumimos a los seres que percibimos como inferiores. Basándose en los discursos jurídicos y médicos franceses desde comienzos del siglo XX hasta la actualidad, este artículo rastrea la manera en que las mujeres han sido construidas como figuras maternas, responsables no solo de la alimentación infantil, sino también de la transmisión de la salud, la moralidad y la identidad nacional, sirviendo en última instancia como instrumentos de reproducción social en tanto que alimento.




Réseaux sociaux