Contester l'autorité parentale : les vocations religieuses forcées au XVIIIe siècle en France
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Au xviiie siècle, l’autorité parentale s’exprime de manière absolue dans le cadre de la famille patriarcale. Cette autorité est normalement exercée par le père, mais elle peut, à la mort de ce dernier, revenir à la mère, à un frère aîné ou à tout autre parent occupant la fonction de curateur. Elle permet en particulier à celui qui la détient de faire respecter sa volonté en ce qui concerne le placement et la carrière des enfants en recourant, si nécessaire, aux intimidations physiques ou psychologiques. Cependant, cette autorité légitimée et renforcée par le pouvoir royal, se trouve remise en cause dans les cas de vocations religieuses forcées. En effet, les enfants ayant prononcé leurs vœux de religion sous le poids de la contrainte parentale peuvent entamer une procédure de réclamation auprès d’une officialité pour quitter leur état et regagner le siècle. Une telle démarche, rendue possible par l’Église, suite aux dispositions du concile de Trente, est perçue comme une menace potentielle pour l’ordre de la société. On comprend alors pourquoi les affaires considérées suscitent l’intervention des institutions étatiques qui, bien que représentant le pouvoir royal, ne sont pas unanimes sur cette question. Comment les différentes autorités judiciaires du royaume sont-elles sollicitées et statuent-elles sur ces demandes d’annulation de vœux de religion?? Comment les parents ont-ils forcé leurs enfants à prononcer leurs vœux?? En quoi les conflits entre la justice royale et la justice ecclésiastique, mais également au sein même des instances de la justice royale entre le Conseil du roi et le Parlement, participent-ils à la régulation juridique de l’autorité parentale et à la redéfinition de la parentalité??
In the 18th century, paternal power reached its pinnacle in the form of the patriarchal family. This power was typically exercised by the father, however, particularly when the latter died, it could be adopted by the mother, an older brother, or any relative acting as the guardian. The person holding this power was able to make discretionary decisions regarding the children’s education and career, and oblige the children to abide by them, using physical and psychological intimidatory techniques if necessary. However, despite the fact that this power was legitimised and reinforced by the royal power, it was questioned in the case of forced monachization. Indeed, children who were forced to make monastic vows by their parents were allowed to start a legal procedure for obtaining release from monastic vows to the Episcopal curia in order to renounce their status. Such initiatives were permitted by the Church following the rulings of the Council of Trent, but these cases were perceived as a potential threat to the society order. As a result, public institutions decided to intervene. They were not unanimous in their views on the question, even though they were representing royal power. How were the different judicial institutions called upon to address the cases of legal procedures for obtaining release of monastic vows, and how did they make judgement on them? How did the parents force their children to take monastic vows? As there were conflicts between the royal and ecclesiastic judicial institutions and, within the royal judicial institution, between the royal Council and the Parliament, to what extent did these conflicts contribute to the regulation of paternal power and to the redefinition of parenthood?
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