Souletie, Jean-Louis

La théologie politique et le combat contre la pauvreté - 2009.


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RésuméLa repolitisation du combat contre la pauvreté a bénéficié en France de la philosophie politique de J. Maritain au début du xxe siècle. Elle a permis de distinguer les plans où le chrétien agit en tant que chrétien et celui où il agit en tant qu’homme. Mais elle n’a pas permis de dépasser le plan de la conscience morale individuelle pour aller jusqu’à penser le rôle de l’Église dans la société. En Allemagne, la controverse entre Schmitt et Peterson sur la possibilité d’une théologie politique dans le contexte du national-socialisme n’a pas permis de dépasser là encore le plan d’une éthique réformiste illustrée au lendemain de la guerre par J.-B. Metz. En Amérique latine, dans les années soixante, à travers les communautés de base, la théologie de la libération a suscité des pratiques ecclésiales nouvelles mais en considérant le mouvement social comme un donné toujours là qu’il suffirait d’accompagner. Sa difficulté apparaît sur le plan politique dans son embarras lorsqu’il s’agit de contribuer de manière significative à l’inspiration de ce mouvement social, lorsque celui-ci est à construire plus qu’à recevoir.Soit individuelle (Maritain) soit programmatique (Metz) soit au second degré (théologie de la libération), la repolitisation du combat contre la pauvreté peine à dépasser le plan éthique pour s’élever au niveau politique. La doctrine sociale de l’Église possède pourtant les ressources d’une telle tâche. Le programme metzien, désormais délié des craintes envers le décisionisme de la théologie politique schmittienne pourrait intégrer cette doctrine sociale pour renouveler sa perspective d’une théologie politique en prise avec les réalités politiques elles-mêmes.