Briggs, Thomas Welles

Balzac, l’Amérique et la transformation de la réalité - 2024.


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Quoique Balzac se prétende toujours « vrai dans les détails », presque tout ce qu’il écrit du Nouveau Monde – sur lequel il écrit souvent – paraît entièrement inventé. Il transforme la réalité géographique et historique en une réalité nouvelle et imaginée bien loin de la « poétique infidélité faite à l’histoire » des Chouans. Pour lui, les Mohicans de Cooper sont réels. Les États-Unis, en particulier, sont à la fois une utopie, une terre de richesses et de gloire sans soucis européens, et un cauchemar dystopique, un « triste pays d’argent et d’intérêts où l’âme a froid ». Bien sûr, la France du romancier n’est pas entièrement « vraie » non plus, mais les décalages ne sont pas si importants. C’est pourquoi une perspective américaine peut nous révéler un aspect nouveau du « visionnaire passionné » décelé par Baudelaire. La réalité modifiée par Balzac ainsi peut nous aider à mieux comprendre comment il a créé l’une des origines du roman moderne. Although Balzac always claimed to remain “vrai dans les détails,” virtually everything he ever wrote about the New World – and he wrote about it often – appears entirely made-up. He transformed established geographic and historical reality into a kind of new and fictionalized reality far beyond the mere “poétique infidélité faite à l’histoire” of Les Chouans. For him, Cooper’s Mohicans are real. The United States, particularly, is somehow at once a utopia, a land of wealth and glory safe from European troubles, and a dystopian nightmare, a “triste pays d’argent et d’intérêts où l’âme a froid.” Of course, his France is not entirely “real” either, but the departures are usually subtler. Viewing Balzac through an American lens, in other words, can reveal how Baudelaire’s description of him as a “visionnaire passionné” is perhaps true in more ways than one. His imagined reality can thus help us better understand how he created one of the origins of the modern novel.