Lemoine, Mathieu
Simone Bertière, Louis XIII et Richelieu. La « Malentente », Paris, Éditions de Fallois, 2016, 462 p., 22,5 × 15,5 cm.
- 2018.
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Comment le libre arbitre des personnages de la nouvelle classique est-il mis à mal par la passion amoureuse ? Dans les nouvelles de Segrais et de Mme de Lafayette qui insistent sur la difficulté à résister aux injonctions du désir, on décèle deux influences de nature bien distinctes, voire antagonistes : une reprise presque anodine de topoï romanesques concernant le destin et une suggestion de l’inclination perverse de la volonté qui s’apparente à la doctrine de saint Augustin. Après un rappel des propositions de ce théologien, notre article décrit la manière dont ces deux auteurs classiques s’approprient le problème de la fatalité amoureuse. Il relève, dans quelques-unes des Nouvelles françaises où prolifèrent les lieux communs à ce sujet, une saturation de son explication causale. Cela forme un contraste avec l’étonnement qui accompagne la naissance de la passion dans La Princesse de Clèves ; étonnement qui engendre des réflexions de psychologie morale proches de l’augustinisme. How is free will threatened by passionate love in French premodern novellas? In Segrais’s and Madame de Lafayette’s stories, in which protagonists cannot win in the face of desire, two distinct influences are intertwined: first, a persistence of commonplaces about destiny, typical of heroic novels, and second, an allusion to the will’s evil inclination as it is depicted in St. Augustine’s writings. After having recalled a few ideas of this theologian about free will and grace, my paper describes the way in which the two aforementioned neoclassical writers deal with the problem of irresistible love. In some of the Nouvelles françaises, there are so many explanations—in line with clichés about novels—of why one cannot escape love’s power, that it is simply best to go with the flow. In La Princesse de Clèves, however, the birth of passion provokes amazement due to the enslavement of free will, thus giving way to moral meditations that are close to Augustinian teachings.