Dubus, Zoë
Tâtonnements psychédéliques : l’exploration éphémère de la mescaline, du LSD et de la psilocybine par la médecine française au xxe siècle
- 2024.
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Les médecins français participèrent à la première vague d’études sur les psychédéliques et furent notamment les pionniers des recherches sur la psilocybine. Dès les années 1930, l’école de Sainte-Anne est à la tête de ces expérimentations, insérant ces études dans une conception biologique de la thérapeutique, où domine la notion de choc. Tandis qu’à l’internationale, de nouvelles méthodes sont développées dans les années 1950 afin de s’assurer du bien-être physique et psychique des patients sous l’influence de ces produits, les thérapeutes français quant à eux conservent leurs techniques. Dans ces conditions, ils ne parviennent pas à répliquer les bons résultats obtenus par leurs confrères. Cet article analyse cette histoire et contribue à expliquer les réticences actuelles des professionnels de santé français qui, face à la « renaissance psychédélique », restent fortement influencés par les représentations très négatives issues de ces premières expérimentations. French doctors took part in the first wave of research into psychedelics, blazing the trail for studies on psilocybin in particular. From the 1930s onwards, the Sainte-Anne school was at the forefront of these experiments, rooting them in a biological conception of therapeutics emphasizing the concept of shock. While internationally, new methods were developed in the 1950s to ensure the physical and psychological well-being of patients under the influence of these products, French therapists maintained their own techniques. Under these conditions, they were unable to replicate the positive results achieved by their foreign counterparts. This article analyzes this history and helps to explain the current reticence of French healthcare professionals who, even as the “psychedelic renaissance”, is in full swing, remain strongly influenced by very negative representations stemming from these early experiments. Los médicos franceses participaron en la primera oleada de estudios sobre psicodélicos y especialmente fueron pioneros en la investigación en la psilocibina. A partir de los años 1930, la escuela de Sainte-Anne estuvo a la vanguardia de estos experimentos, insertando estos estudios en una concepción biológica de la terapéutica, en la que domina la noción de shock. Mientras a nivel internacional se desarrollaban nuevos métodos en los años 50 para garantizar el bienestar físico y psicológico de los pacientes bajo la influencia de estos productos, los terapeutas franceses, en cuanto a ellos, se aferran a sus propias técnicas. En consecuencia, no logran reproducir los buenos resultados conseguidos por sus colegas. Este artículo analiza esta historia y contribuye a explicar las reticencias actuales de los profesionales sanitarios franceses que, frente al “renacimiento psicodélico”, siguen fuertemente influenciados por las representaciones muy negativas derivadas de estas primeras experimentos.