Gamblin, Guillaume
Peut-on mesurer l’efficacité de la désobéissance civile ?
- 2026.
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Building on previous scholarship on “genetic capital” and the politicization of animal economies, this paper examines how animal breeds and their transnational movement became geopolitical issues in late seventeenth- and eighteenth-century Europe. In particular, it examines how the French government’s efforts to emulate English and Spanish wool pro-duction, and to overcome the economic advantage stemming from its rivals’ superior sheep breeds, intensified in the wake of the Seven Years’ War (1756–1763). Despite bans on the exportation of live sheep from Britain and Spain, the French strove to improve their flocks through illicit imports and diplomatic agreements. These efforts culminated in the 1760s, as the Bureau of Commerce began to collaborate with agriculturalists, naturalists, diplomats, and smugglers to bring superior breeds of sheep across the Anglo-French maritime border and the Pyrenean frontier with Spain. These projects developed in tandem with new conceptions of the permanence of race and breed, according to which animals would retain their characteristics in new climates and environments. Combining perspectives from economic, agricultural, political, and cultural history, this article uses the concept of animal mercantilism to open up the geopolitical stakes inherent in understandings of animals, race, and climate. En puisant aux études menées sur le « capital génétique » et la politisation des économies animales, cet article examine la façon dont les races animales et leur circulation transnationale deviennent des enjeux géopolitiques dans l’Europe de la fin du xviie et du xviiie siècles. Il s’intéresse notamment aux efforts du gouvernement français, particulièrement intenses après la guerre de Sept Ans (1756-1763), pour imiter la production de laine anglaise et espagnole, et tenter de surmonter l’avantage économique dû à la meilleure qualité des races ovines de ses voisins et concurrents. Alors que l’exportation de moutons vivants était complètement interdite en Angleterre et en Espagne, les Français s’échinaient à améliorer leur cheptel ovin par des importations illicites et des accords diplomatiques. Ces entreprises culminèrent dans les années 1760, lorsque le Bureau du commerce entama une collaboration avec des agronomes, des naturalistes, des diplomates et des contrebandiers afin de faire passer des races ovines de qualité supérieure à travers la frontière maritime franco-britannique et la frontière pyrénéenne avec l’Espagne. Ces projets se développèrent en parallèle de nouvelles conceptions de la stabilité et de la permanence des races, d’après lesquelles les animaux conserveraient leurs propriétés quels que soient les climats et les environnements. Au carrefour de l’histoire économique, agricole, politique et culturelle, le présent article développe le concept de « mercantilisme animal » pour explorer les enjeux géopolitiques inhérents aux différentes conceptions des animaux, de la race et du climat.