Bellet, Eloïse

Explorer les relations sensibles à la biodiversité : quelle est l’influence des chants d’oiseaux sur le rapport des citoyens à l’espace urbain ? Une étude des perceptions sonores des espaces végétalisés des habitats collectifs au sein de la métropole de Lyon - 2026.


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L’aménagement de la ville doit répondre à de nouveaux enjeux qui questionnent la place de la biodiversité dans les espaces urbains et les bénéfices qu’elle apporte aux citadins. Dans les stratégies qui sont déployées pour la valoriser, il ne faut pas négliger le rôle que jouent les habitants vivant notamment dans les copropriétés privées. Ces derniers peuvent en effet choisir de favoriser ou non la présence d’une diversité d’espèces en adaptant l’aménagement et la gestion de leur jardin. Leur mobilisation suppose de mieux comprendre les relations qu’ils entretiennent avec la biodiversité et d’identifier des moyens pour les rendre plus acteurs de sa protection. La relation sonore est une des modalités permettant d’entrer en interaction avec elle : en effet, les espèces animales produisent des sons, audibles par les citoyens. C’est particulièrement vrai pour les oiseaux dont la diversité des chants dépend notamment de la composition et de l’agencement des jardins. Cet article interroge la pertinence d’une approche sensible orientée sur les sons que produit la biodiversité pour mieux appréhender la relation des habitants à la ville. Elle vise à questionner les émotions et les sentiments que procurent les chants d’oiseaux aux habitants, les savoirs et les valeurs qu’ils y associent et à évaluer si cette composante sonore de la biodiversité peut créer une intention de transformer la ville et d’agir en faveur des oiseaux. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur une méthode d’enquête in situ, mêlant écoutes et entretiens menés auprès de 34 habitants résidant dans des copropriétés de la Métropole de Lyon. Il en ressort que les chants d’oiseaux influencent favorablement le cadre de vie des habitants. Ils permettent aussi à ces derniers d’engager une réflexion sur la qualité écologique des structures paysagères de leur jardin. Il apparaît en revanche que les habitants ne le pensent pas forcément en continuité avec d’autres espaces de la ville. Si pour certains émerge une volonté de protéger les oiseaux, celle-ci se cantonne plutôt à l’échelle de l’espace privé. ‪Urban planning faces new challenges that question the place of biodiversity in urban spaces and the benefits it brings to city dwellers. In developing strategies to protect biodiversity, we need to take in consideration the role of residents, particularly those living in private multi-family residential dwellings. These residents can choose to favorize a diversity of species by adapting the layout and mana- gement of their gardens. To mobilize them effectively, we need to better understand their relationship with biodiversity and identify ways to encourage them to play a more active role in its protection. One way of creating links with biodiversity is through sound: biodiversity produces sounds that can be appreciated by the public, particularly birds, whose diverse songs depend on the composition and layout of gardens. This article examines the relevance of a sensitive approach based on the sounds produced by biodiversity to better understand the relationship between residents and the city. It explores the emotions and feelings that bird songs provide to residents, the knowledge and values they associate with theses, and assesses whether this auditory component of biodiversity can inspire intentions to transform the city and foster bird protection. To this end, we conducted an in situ survey combining listening sessions and directive interviews with 34 residents living in multi-family residential dwellings in the Metropolis of Lyon. The results show that bird song has a positive impact on the living environment and encourages residents to think about the ecological quality of their garden landscapes. However, residents do not necessarily perceive theses as connected to other urban areas, and while some express a desire to protect birds, this intention is mostly confined to private spaces.‪