Monino, Laurent
Prise en charge endoscopique des maladies bilio-pancréatiques chez les patients avec une anatomie modifiée chirurgicalement : l’entéro-CPRE est encore une option !
- 2026.
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Le nombre de patients ayant subi une chirurgie digestive avec modification anatomique est en augmentation depuis plusieurs années, principalement du fait des chirurgies oncologique et bariatrique. La plupart de ces chirurgies modifient l’accès classique endoluminal en utilisant un duodénoscope vers les voies biliaires ou le canal pancréatique principal. Les premières descriptions d’accès rétrogrades en utilisant un entéroscope datent des années 90. En effet, l’utilisation d’un entéroscope (double ou simple ballon) permet la progression en profondeur dans l’intestin afin d’atteindre les canaux biliaires ou pancréatiques. Dans la littérature, le taux de succès technique de l’entéro-CPRE (CPRE : cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique) est excessivement variable (40-88 %), dépendant du type de montage chirurgical, de l’expérience de l’opérateur, de la courbe d’apprentissage et du matériel à disposition. Il existe un gradient d’efficacité Est-Ouest avec des taux de réussite technique proche de 90 % pour les équipes japonaises et des taux de réussite technique inférieurs à 70 % pour des équipes américaines. Néanmoins, entre des mains expérimentées, l’entéro-CPRE est d’une bonne efficacité technique et clinique et est associée à un faible taux de morbi-mortalité. L’émergence de l’écho-endoscopie thérapeutique et la possibilité de créer des anastomoses extra-anatomiques ont conduit à reconsidérer la place de l’entéro-CPRE. Souvent perçue comme longue et techniquement exigeante, cette procédure est progressivement remplacée par des techniques d’écho-endoscopie thérapeutique, dont les complications restent néanmoins non exceptionnelles. En réalité, l’écho-endoscopie thérapeutique et l’entéro-CPRE devraient être vues comme des techniques complémentaires et non des techniques rivales. Toutefois, avant de se lancer dans la réalisation d’une entéro-CPRE, une connaissance des montages chirurgicaux, une formation endoscopique complète aux techniques de CPRE et d’entéroscopie sont nécessaires afin d’atteindre une efficacité technique optimale proche des équipes japonaises. The number of patients undergoing digestive surgery with altered anatomy has been steadily increasing for several years. This increase is driven by two types of surgery: oncological and bariatric surgery. Most of these surgeries alter conventional endoluminal access with a duodenoscope to the bile ducts or the main pancreatic duct. The first descriptions of retrograde endoluminal access using an enteroscope date back to the 1990s. The use of an enteroscope (double or single balloon) allows deep progression into the intestinal limb to reach papilla or bile ducts or pancreatic duct. In the literature, the technical success rate of entero-ERCP varies greatly, from 40% to 90%, depending on the type of altered anatomy, the operator’s experience, the level of training and the equipment available. There appears to be an East-West gradient in effectiveness, with technical success rates close to 90% for Japanese teams and technical success rates below 70% for American teams. Nevertheless, in expert hands, entero-ERCP is technically and clinically effective and is associated with a low morbidity and mortality rate. With the advent of therapeutic echoendoscopy and the creation of echoendoscopy-guided anastomosis, the usefulness of entero-ERCP (ERCP: Endoscopic Retrograde Cholangiopancreatography) is being questioned in the medical community. This examination, considered tedious, time-consuming and challenging, is being abandoned in favor of echoendoscopic solutions associated with significant adverse events. In reality, therapeutic echoendoscopy and entero-ERCP should be seen as complementary techniques rather than rivals. However, before embarking on entero-ERCP, knowledge of surgical procedures and comprehensive endoscopic training in ERCP and enteroscopy techniques are necessary in order to achieve optimal technical efficacy similar to that of Japanese teams.