Schmit, Élisabeth
Antoine Brix, Devenir l’histoire de France. La fortune des Grandes Chroniques de France au Moyen Âge, Paris, Cths, 2024, 408 p.
- 2026.
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Au xviiie siècle, dans les discours de la médecine légitime, l’expression « faux remèdes » désigne les drogues des charlatans. Celles-ci deviennent un enjeu de police commerciale et médicale dans le royaume, à l’articulation entre régulation du marché des remèdes et souci de la santé des populations. Montpellier est alors un haut lieu de la fabrication de ces drogues, d’autant que sa communauté des apothicaires en vend de très recherchées à la foire de Beaucaire. Trois corps savants et professionnels, la Société royale des sciences, l’Université de médecine et la communauté des maîtres apothicaires sont au travail de démarcation entre vrais et faux remèdes et entre bons et mauvais praticiens. Cet article se fonde sur l’étude de trois cas montpelliérains, tous de la mi-siècle. En 1758, le médecin Guillaume Amoreux lit à la Société royale un mémoire « sur les falsifications des drogues médicinales qu’on vend à la foire de Beaucaire » au nom de la lutte contre la dépopulation et en défense des marchands honnêtes. En 1761, la venue dans la ville d’un vendeur d’orviétan est l’occasion d’un scandale public qui menace la réputation de l’académie dont un membre a approuvé le « faux remède ». En 1767, le corps des apothicaires s’oppose à la création d’une société commerciale lancée par deux de ses membres au nom du risque d’altération des compositions. Dans ces différents cas, des acteurs individuels tentent de faire carrière et des collectifs défendent leurs intérêts en redéfinissant le bien public et, parfois, le corps lui-même. During the Enlightenment, the term “false remedies” was used to describe the drugs produced and sold by charlatans outside the health professions. These false remedies became a medical and commercial issue, at the crossroads between regulating the market in remedies and concern for people’s health. Montpellier was a major centre for the production of these drugs, especially as its community of apothecaries sold some highly sought-after ones at the Beaucaire fair. Two learned bodies in Montpellier were involved in evaluating and controlling remedies: the University of Medicine, which regulated the health professions, and the Royal Society of Sciences, which approved new remedies. Together with the corporation of apothecaries, they were responsible for distinguishing between real and false remedies, and between good and bad practitioners. This article is based on three case studies, all dating from the middle of the century. In 1758, the physician Guillaume Amoreux read a report to the Royal Society “on the falsification of medicinal drugs sold at the Beaucaire fair” in the name of the fight against depopulation and in defence of honest merchants. In 1761, the arrival in the city of a dealer of orvietan caused a public scandal that threatened the reputation of the academy, because one of its members had approved the “false remedy” made by the quack. In 1767, the professional body of apothecaries opposed the creation of a trading company by two of its members, citing the risk of altering the compositions. In these different cases, individuals tried to make a career for themselves, and groups defended their interests by redefining the public good and, sometimes, the professional body itself.