Arsène, Séverine
Le système de crédit social en Chine
- 2021.
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Le Système de Crédit social est une réponse du gouvernement chinois à une difficulté chronique dans l’application des lois et des règlements, un enjeu formulé en termes de manque de « confiance ». Pour influencer les comportements des individus, le système recourt à des leviers plus ou moins classiques de coercition : récompenses et sanctions (listes noires), incitations plus modulaires, mais parfois peu coercitives (note personnelle), et propagande qui en appelle à la morale. L’État joue ainsi sur différents niveaux de normes, juridiques, sociales, morales. Cet article formule l’hypothèse selon laquelle le secteur privé, par son accès à des données très fines et à des outils de calculs sophistiqués, offre des possibilités de générer de l’autodiscipline au sein de la société, ce que les structures étatiques obtiennent difficilement, et que cela peut expliquer pourquoi le dispositif invite aussi au développement d’instruments de marché. The Social Credit System is a response by the Chinese government to a chronic difficulty in the application of laws and regulations, which has been framed in terms of a lack of “trust”. To influence individual behaviours, the system uses more or less classic coercive measures consisting of rewards and sanctions (blacklists), as well as more modular but sometimes not very coercive incentives (personal ratings), and propaganda that appeals to morality. The state thus plays on different levels of norms: legal, social and moral. This article posits that the private sector, through its access to highly detailed data and sophisticated calculation tools, affords opportunities to foster levels of self-discipline within society that state institutions find difficult to achieve. This may explain why the system also encourages the development of market instruments.